En plein été, sans tambour ni trompette, les
gouvernements étatsunien et canadien autorisaient
la culture d'un nouveau maïs OGM de Monsanto et de
Dow, le SmartStax. Ce dernier comporte huit gènes
empilés, dont deux de résistance à des herbicides
et six produisant des insecticides. Une première!
Totalement résistant à toute évaluation
scientifique
En quelques centaines de mots appuyés par aucune
étude scientifique, l’Agence canadienne
d’inspection des aliments (ACIA) annonçait
l’autorisation du maïs OGM SmartStax. Pour sa
part, Santé Canada n’a pas même procédé à
l’évaluation de la salubrité du SmartStax. Qui
plus est, en donnant son aval au SmartStax, le
Canada a carrément fait fi de la directive
internationale du
Codex des
Nations Unies concernant la nécessité de
procéder à des tests pour ce type d’OGM résultant
de «méthodes classiques de sélection des végétaux à
ADN recombiné». Le maïs SmartStax est justement le
produit de telles méthodes.
Adieu aux refuges
En autorisant le SmartStax, le gouvernement
fédéral en a profité pour réduire la zone refuge
de 20% volontaire que les agriculteurs qui sèment
du maïs OGM Bt résistant aux insectes sont tenus
de planter avec du maïs non-Bt et à moins d’un
quart de mille de ce dernier. Pourquoi un tel
refuge? Pour tenter de ralentir l’adaptation
inévitable des insectes aux pesticides que
produisent les plantes OGM. Mais, avec le
SmartStax, il n’en va plus ainsi, la taille du
refuge ayant été réduite à seulement 5%!
L’ACIA n’a fourni aucune justification
scientifique pour cette réduction draconienne des
refuges, ce qui n’est guère surprenant vu la
mollesse des règles d’intendance environnementale
qu’elle applique aux cultures d’OGM. Par contre, on
sait déjà que
des insectes
deviennent résistants à des plantes OGM à deux
insecticides. Le SmartStax en a six!
Comme les insectes visés ne présentent pas
actuellement des risques d’infestation au Québec
ou ailleurs, on peut raisonnablement s’attendre à
ce qu'ils deviennent plus rapidement résistants à
ces insecticides grâce au SmartStax qui, alors,
aura moins ou plus d’effet lorsqu’une véritable
infestation aura lieu. Cependant, comme Monsanto
et Dow sont des entreprises qui vendent aussi des
produits chimiques, elles pourront alors vendre des
pesticides encore plus puissants et dangereux aux
agriculteurs qui les arroseront sur leur maïs
SmartStax.
Pire encore, le gouvernement fédéral compte sur
Monsanto et Dow pour leur dire si quelque chose
d’imprévu apparaissait! Se fier à des entreprises
comme Monsanto, engagées dans la distribution
commerciale du SmartStax, pour qu’elles
fournissent des renseignements liés à la sécurité
des aliments, revient à charger le renard de
surveiller le poulailler. Si vous le l’avez pas
encore fait, visionnez le documentaire
Le
monde selon Monsanto pour comprendre comment
l’autorisation sans évaluation scientifiquement
rigoureuse et indépendante du SmartStax est
possible.
Une réglementation adaptée à
Monsanto
Le génie génétique est une science complexe qui
évolue vite, mais dont Santé Canada n’a jamais pu
suivre les développements. Santé Canada et l’ACIA
ne se sont jamais vraiment mesurés aux défis
spécifiques liés aux OGM. En instaurant un
processus d’autorisation des produits qui se borne
à évaluer la «nouveauté» des caractères OGM plutôt
que les complexités de la génétique, le
gouvernement fédéral s’est doté d’un outil lui
permettant d’autoriser plus rapidement les OGM, ce
qui est tout bénéfice pour des entreprises comme
Monsanto. Mais, dans le cas du SmartStax, les
ministères concernés sont même allés à l’encontre
de leur propre réglementation pourtant déjà trop
laxiste.
Un débat démocratique n’a jamais précédé
l’autorisation des cultures et des aliments OGM au
Canada, où il n’existe aucun étiquetage obligatoire
des OGM et ce, en dépit des 58 recommandations du
Groupe d’experts scientifiques de la Société royale
du Canada (
ignorées depuis en 2001 par
Ottawa), le gouvernement n’a jamais cherché à
réformer le système réglementaire. Qu’est-ce que
Santé Canada attend pour assumer ses
responsabilités? Une autre crise sanitaire,
provoquée cette fois par la dissémination
d’aliments OGM non testés? Il est évident que le
moment est venu de réviser à grande échelle la
réglementation des OGM.
VOUS pouvez agir! Vous pouvez faire deux
choses :
1. Si vous ne l’avez pas déjà fait,
envoyez un courriel aux député-es
de l’Assemblée nationale en faveur de l’étiquetage
obligatoire des OGM
2.
Envoyez un courriel à la ministre
de Santé Canada pour lui dire de retirer le
SmartStax.
Source :
Greenpeace,01.08.2009